
In 1988, Farid El Rayes exhibited his pastel works at Galerie Im-Blauen-Haus in Basel, Switzerland. The show offered Swiss audiences a glimpse into his evolving artistic language—rich in color, movement, and life. It was another meaningful step in Farid’s ongoing journey as an artist, reflecting his continued exploration of form and feeling through the delicate yet expressive medium of pastel.
Exhibition flyer
Nazih Khater
Critique d'art du quotidien libanais en langue arabe , AN NAHAR, 1988
C'est une peinture des structures élémentaires, de celles acquises à force de gommage; ou à coups d'interdits de séjour au nom d'une simplicité dense. Comme si Farid Elrayes ne peint que les derniers gestes, les gardés pour raison de nécessité absolue. D'où cette impression d'une peinture minimale, du peu pour le beaucoup, de l'essentiel. D'autant plus qu'elle ne veut ni raconter ni décrire ni même se problématiser à force d'affrontement avec son environnement culturel. Tout en elle est presque indifférent, mais de cette indifférence à stigmates et chargée de silence ambigüe. Bien sûr qu'elle semble s'impliquer entièrement dans un rapport de séduction avec les autres: elle cultive ses élégances formelles; elle simplifie même dangereusement ses spaces colorés; elle calme les lignes qui déterminent sa vie organique; mais dans une intention d'épurement langagier qui provient directement d'un penchant de l'artiste pour les constructions nettes et solides.
En ce sens son écriture est imprégnée mais au second degré, dans ses soubassements conceptuels, de cette rigueur du tracé découlant de sa formation d'ingénieur à l'Université Américaine de Beyrouth. Et c'est cette même écriture qui avec des allures diffuses et des ponctuations souples sous-tend les graphismes de sa charge émotive à modulations orientales. C'est qu'en fait là où d'autres imposent leur trait Farid Elrayes calligraphie ses formes, que ces dernières proviennent de son appartenance aux civilisations du Mashreq ou du dictionnaire culturel du paysage comme fragment d'une certaine mémoire. Le monde réel à ce niveau est en équivalence avec le monde de l'imaginaire; où toute forme se signifie elle-même en lieu de se raconter, où tout dessin se transforme en tracé d'intention où tout récit s'épure jusqu'à perdre son continu anecdotique. Le paysage alors se multiplie émotionnellement jusqu'aux dimensions abstraites de sa nature. Il se décante de ses valeurs descriptives. Il devient Autre. Absolu. De partout.
La peinture se meut à ce niveau en peine ambiguïté; quoique sa forme est précise, elle n'est pas pour autant référentielle; elle ne se reporte qu'à elle-même; elle est son propre sujet. De là son contenu authentiquement actuel et la modernité de son langage. Comme si limitée à son propre champs d'actions, elle s'expérimente elle-même jusqu'aux limites extrêmes floues du regard. Elle se résigne, signe ponctuel de la pudeur de l'artiste devant la splendeur de la Création (Dieu seul est créateur), à souligner l'apparence des éléments sans jamais les investir. Apparaissent alors ces jeux subtils de la couleur qui sont les notations lyriques d'un discours plastique contenu et maîtrisé. Où ces interventions linéaires d'une démarche amplement interrogative. Comme si cette peinture s'invente en s'activant à inventer son espace et les différentes tentatives pour maîtriser son langage et son univers.
Peindre aujourd'hui un paysage contient de la provocation, presque. Farid Elrayes en fait une quête du paradis promis aux êtres méritants. Il le traite en lieu d'attente; en espace à prendre en charge; en univers clos aux mesures de cette volupté d'éternité. C'est un paysage provoqué par trop de désir et par une intense volonté de couleurs. Bien sûr qu'alors il ne peut que rejoindre ces autres paradis artificiels inventés à hauteur de leurs rêves par les artistes de l'ancien Orient.